Alexandra Vale, le secret le mieux gardé des Castellers de Paris.

“C’est sans hésitations l’amour que je ressens pour la colla” répond-elle comme toujours en souriant quand on lui demande d’où lui vient l’inspiration pour créer toutes les illustrations utilisées par les Castellers de Paris, certaines d’entre elles sont devenues virales sur les réseaux sociaux. Affiches annonçant des représentations, calendriers d’entrainements, posters promotionnels, voeux pour les fêtes, et évidemment le logo emblématique de la colla, tous portent la marque de cette portugaise née à Braga il y a trente ans. “Je suis émue quand je vois a la télé un casteller durant une diada qui porte notre foulard avec notre logo” nous dit-elle quand on lui a montré une photo de l’enxaneta de la colla des Capgrossos de Mataro (Catalogne) qui portait notre foulard.

Du Portugal à Paris, en passant par la Catalogne, Alexandra Vale a grandi en voyant et en vivant les castells. Aujourd’hui c’est un des membres les plus aimés des Geperuts, membre de la colla depuis les débuts de celle-ci avec les premiers entraînements, l’été 2015. Depuis, son implication dans la colla a été toujours intense : intégrée à la mythique commission des fêtes, sa tâche d’illustratrice ne l’a pas empêchée pendant plus d’un an de faire partie de l’équipe technique des pinyes. « Tout pour la colla… sauf rentrer dans le conseil directeur » blague-t-elle quand je lui pose quelques questions qui aideront à résoudre l’énigme qui s’impose à tous ceux qui voient les graphismes des Castellers de Paris.

Photo de : Thomas Millet

Qui se cache derrière les posters et affiches des Geperuts ?

— D’où vient ta passion pour le dessin ?

Je ne saurais pas le dire clairement, j’ai toujours dessiné.

 

— Tu as fait une école pour apprendre ?

Quand j’étais ado j’ai pris quelques cours et au lycée j’ai étudié l’art. Evidemment avec les études d’architecture j’ai aussi beaucoup appris.

 

— Ta relation avec la culture catalane, elle vient de loin ?

Ce lien vient d’après les JO de Barcelone vers 93, puisqu’avec ma famille on passait les étés sur la Costa Brava. Tradition que l’on maintient toujours depuis des années !

 

— On voit que tu parles parfaitement le catalan. Tu l’as appris comment ?

A force de l’entendre chaque été j’ai eu envie de l’apprendre, peut-être à cause de sa proximité avec le portugais. Ceci dit, c’est depuis que je suis à la colla que je peux dire que je le parle et l’écris couramment.

 

— Et cette passion pour les castells ?

C’est parce que j’en ai souvent vus durant les étés passés en Catalogne. L’émotion des diades vécue sur place est une des grandes sensations ou émotions que tout le monde devrait vivre.

 

— Comment tu es arrivée aux Castellers de Paris ?

En 2015 un groupe de gens a commencé la création de cette colla. Le premier pas pour moi a été la proposition d’une amie d’aller au premier entraînement officiel, et ça a été avec les souvenirs des diades vécues avec ma famille chaque été, que le 16 juillet 2015 j’ai assisté à l’entraînement de la Villette. Et depuis ce jour, j’en fais partie!

 

— Une fois que tu es arrivée aux Castellers de Paris, comment est née cette collaboration? C’est régulier ou juste ponctuel pour la création d’affiches?

Ça a été quelque chose de très progressif et pas depuis le début. La collaboration a commencé un an plus tard, mais j’avais déjà créé le logo gagnant lors de l’assemblée fondatrice du 10 octobre 2015.

Le conseil directeur de 2016 s’était clairement lancé le défi d’augmenter la masse sociale de la colla.

C’est pour ça qu’on fait tant d’efforts sur les réseaux sociaux, puisqu’à notre époque une grande visibilité et répercussion vient de ces moyens de communication.

C’est aussi pour ça que pour chaque grande représentation des Castellers de Paris, l’équipe des réseaux sociaux me demande de créer quelque chose.

La collaboration régulière s’est faite puisque la personne qui s’en chargeait avant a dû repartir en Catalogne, et presque sans m’en rendre compte j’ai pris le relai.

— Et la collaboration, c’est seulement pour les afiches?

Non! Depuis qu’elle est régulière, c’est presque comme si je faisais partie l’équipe des réseaux sociaux. Certaines de mes créations ont été pour faire la promotion des entraînements (différents pour chaque lieu),

mais aussi pour le planning mensuel des activités de la colla.

— En dehors de la colla, quelle a été ta première commande?

Les parents d’une castellera de Paris, voulaient changer l’image de leur boutique à Gracia (Barcelone). Après avoir vu le logo que j’avais créé pour la colla ils m’ont demandé si je pouvais leur proposer quelque chose. Et une chose en a amené une autre… L’émotion est toujours au max quand je passe devant la boutique!

— Quel est le procédé de création d’une affiche?

L’inspiration vient souvent de la raison pour laquelle je crée ce modèle. Évidemment toujours en relation avec les castells mais en essayant de donner un point de vue différent.

Par exemple, pour la diada internationale à Paris on a voulu faire une affiche où les quatre colles auraient leur place avec les éléments emblématiques de la ville ou du pays d’origine.

L’affiche de Noël 2016, on a voulu jouer avec l’élément décoratif typique qu’est la pomme de pin (pinya en catalan), puisque pour nous les castellers, la pinya c’est la base de tout!

— Tu as fait des choses très différentes, comme l’affiche de Sant Jordi 2017, ou l’affiche pour l’atelier des enfants 2017, en passant par l’affiche de la journée de baptême des Castellers de Paris, toutes avec des styles très différents. Tu aimes ce changement ou c’est plutôt en fonction de ce qu’on te demande?

Tout comme l’inspiration, le style est souvent lié au motif de l’affiche. Dans l’équipe des réseaux sociaux de la colla on me laisse libre, ils doivent croire en mes idées… Il y a seulement quelques débats parfois pour savoir comment améliorer mes idées.

J’ai l’habitude de faire les designs avec les outils du Pack Adobe. Si l’affiche a pour base une photographie, j’utilise en priorité Photoshop (comme par exemple les affiches de Nantes 2017 et Sant Simó 2017); par contre si l’élément principal de l’affiche est dessiné à main levée (comme l’affiche de l’atelier pour la canalla) j’utilise Illustrator.

— Le planning mensuel des Castellers de Paris est un plan zénithal d’une pinya. C’est la première fois que tu joues avec la perspective de manière aussi directe?

On me dit souvent que mes designs ont une touche d’architecte. Je suppose que c’est pour ça que j’ai pensé au plan zénithal pour ce modèle.

Je l’ai réalisé quand je faisais partie de l’équipe technique des pinyes, et j’avais le modèle très clair en tête depuis de début.

— Tous tes designs ont pour but final de faire la publicité de représentations ou du calendrier des Castellers de Paris, ou tu fais aussi d’autres modèles pour la colla ?

J’ai eu la possibilité de collaborer avec l’équipe des réseaux sociaux pour d’autres raisons aussi. Comme par exemple des modèles pour souhaiter les fêtes (Nouvel An mais aussi Noël comme je l’ai dit précédemment),

mais ceux qui me tiennent le plus à coeur pour jusqu’à maintenant sont ceux que j’ai fait pour les deux anniversaires de la colla.

— En plus de dessiner, les commandes te permettent aussi de penser au message que tu veux transmettre. Es-tu à l’aise avec cette liberté créative?

Heureusement que sur ce point la liberté est limitée. Depuis l’équipe des Réseaux sociaux, ils me donnent beaucoup d’éléments de base qui m’aident beaucoup pour la création des différents modèles.

Ceci dit, il y a eu des exceptions qui confirment cette règle. Une de celles-ci, est l’affiche que je prépare pour notre nouveau local, le « Chez Nous » !

— Tu penses qu’avoir étudié l’architecture t’a influencée d’une façon ou d’une autre dans ton travail d’illustratrice?

Evidemment! Les études d’architectures m’ont donné un point de vue particulier que je n’aurais pas eu autrement.

En plus, beaucoup de mes créations reprennent des éléments ou des concepts architecturaux. C’est pour ça que, comme je l’ai dit avant, j’ai entendu plusieurs fois que mes créations ont une touche d’architecte.

— Comment se prépare le futur des affiches des Castellers de Paris ? Vous pensez déjà à de nouveaux projets ?

Les affiches que l’on a en tête sont : le poster pour notre local « Le Chez Nous » (comme j’ai évoqué avant), mais aussi une affiche pour Noël 2017 et Nouvel An 2018 (comme nous avions fait l’an dernier).

Et évidemment, je suis disposée à apporter mon petit grain de sable pour toute nouvelle représentation que prépare notre colla. Quand le conseil directeur et/ou l’équipe des réseaux sociaux auront besoin de moi, je serai là.

— Et tout ça, sur le plan personnel comment ça se passe? C’est beaucoup de travail en plus?

Pour commencer j’aimerais dire que ce que je fais pour la colla n’est même pas un millième de ce que m’apportent les Castellers de Paris à moi. C’est pour ça que même si les créations m’enlèvent un peu de mon temps libre, je considère que c’est mon apport (note de l’auteur: un de ses nombreux apports) à la colla. Et comme le nombre de représentation et d’affiches n’est pas excessif, je ne pense pas que le conseil directeur m’en demande trop!

En plus, l’organisation et/ou la façon de travailler qu’on a trouvé avec l’équipe des réseaux sociaux est fondamentale pour créer nos affiches tout en évitant trop de stress ou mal entendus. Par exemple, les opinions qu’on me donne des premières versions des affiches sont indispensables (je devrais souligner surtout les efforts particuliers de Maria), surtout pour trouver la meilleur version de chacune d’elles.

D’un coup on se souvient que, dans son calendrier mensuel, aujourd’hui est marqué avec un « répétition ». On se lève, elle prend la clé du cadenas de son vélo vintage caractéristique et elle me dit : Aller ! On va à l’entraînement, on va Chez Nous.